Réactions à chaud

 

Une réflexion au sujet de « Réactions à chaud »

  1. Bonjour,

    Ci-dessous, le texte qui a servi de support pour mon intervention lors de la table ronde 4 l’après midi.
    Merci et longue vie aux « entretiens »!

    PIERRE HAMELIN Directeur SOLIHA PYRENEES BEARN-BIGORREet Urbaniste.

    QUELLE PRISE EN COMPTE DES TERRITOIRES RURAUX ET DES BOURGS-CENTRES ?

    Les « oubliés du logement » …
    Où mettre le « curseur » : le mal logement ou l’absence de logement, le préventif, le curatif ou « l’état d’urgence absolue ».
    Selon que l’on soit Syrien, Rom d’Europe centrale, Basque ou Béarnais, être « oublié du logement » ne recouvre pas du tout les mêmes réalités. Un urgentiste bordelais de Médecins du Monde me disait que pour lui la « précarité énergétique », ce n’était pas la définition qu’en donne l’INSEE mais sa pratique des réfugiés grands brûlés dans les tentes où ils préparent les repas…
    Les oubliés du logement sur nos territoires, ils existent. Chez SOLIHA nous les rencontrons tous les jours pour travailler à des solutions avec les collectivités et les partenaires. Leurs « figures » sont multiples. Il y a ceux qui sont déjà là : personnes âgées, jeunes, femmes isolées avec enfants, ménages précaires… Et il y a ceux qui font soudain irruption : les accidentés de la vie, les accédants contraints à petits budgets, ceux qui sont en vulnérabilité énergétique ou encore les migrants récemment accueillis dans les petites villes et villages.
    …au révélateur de la « question territoriale »
    Dans la France du XXI° siècle et de la métropolisation, une certaine banalisation de l’habiter se fait jour. Par exemple sur l’Ile de Nantes, à Lyon Confluence et bientôt à Bordeaux EurAtlantique où la standardisation est à l’œuvre sur fond de densité, de marges opérationnelles, d’effets de mode architectural et de performance énergétique. Il s’agit là d’un phénomène européen constitutif des Euro-Métropoles.
    Un enjeu majeur : faire reconnaître dans et par les Régions et les Départements le réseau des petites villes et des bourgs centres qui structurent et assument rôles et charges de centralité.
    Quand l’intercommunalité devient XXL, faire reconnaître le maillage subtil du territoire au niveau des « espaces vécus » devient un impératif. Sinon des communes et leurs habitants risquent d’être « hors radar ». D’être des « oubliés du logement », mais pas que…
    Il faut pour cela construire des projets de territoires aux échelles des intercommunalités, explorer les pistes d’évolutions des communes (ou communes nouvelles) et des intercommunalités
    L’idée n’est pas de faire tout et partout ou encore de financer tout et partout mais de dégager des consensus aux échelles locales et de prioriser. C’est une question majeure de solidarité territoriale dans laquelle le logement a toute sa place. Faute de quoi les territoires « ruraux » des agglos XXL pourraient n’être considérés que comme des « ressources » en agriculture, en eau et forêts, ou encore pour le tourisme ou les loisirs récréatifs… Ce qui risque de générer du ressentiment voire du rejet.
    Donc, un plan de relance devrait commencer par là : construire des projets de structuration territoriale en s’appuyant sur le réseau des centralités et des micro-centralités (parfois 500 habitants), en intégrant des propositions adaptées pour l’offre d’habitat : neuf, ancien, accession, location, habitat à finir soi même ou auto construction, habitat évolutif ou mobile… Il faut s’appuyer pour cela sur les bases des SCOT ou des chartes (PNR…) et que ceux-ci « fassent projet » et soient animés sur le moyen terme, ce qui hélas n’est pas toujours le cas.
    Les territoires ruraux et intermédiaires peuvent permettre de proposer des solutions d’habiter différenciées voire individualisées, loin de la « banalisation » des opérations « promoteurs » des métropoles XXL.
    Je peux l’illustrer par ce qui est expérimenté actuellement à l’échelle nationale à partir de l’Appel à Manifestation d’Intérêt pour les centres bourgs. Sur les 300 communes ciblées, seules 53 ont été retenues. La commune de Nay en Béarn en fait partie et c’est SOLIHA qui assure le pilotage du projet. La Commune et l’intercommunalité ont construit un projet global qui vise à conforter Nay en pôle de centralité pour une aire de 25/30 000 habitants. L’impulsion de l’Etat a été déterminante. Pour mener à bien ce projet, la fiscalité a dû être ajustée et l’équipe municipale l’a très bien assumé. L’intercommunalité est dans la co-construction et des projets structurants (tourisme, culture…) qui intéressent le bassin de vie de 25/30 000 habitants sont positionnés à Nay. La Région et le Département malgré les difficultés qui sont les leur avec la Loi « Notre » s’associent selon leurs domaines de compétences et les divers règlements d’intervention.
    Pour le logement, nous avons à considérer l’existence d’un marché actif ce qui n’est pas le cas des 53 bourgs-centres de l’AMI. Ce marché fonctionne avec des petits investisseurs privés et des bailleurs sociaux qui sont invités à apporter leur « pierre » dans le canevas du projet.
    Ce que nous constatons partout c’est que le projet doit être premier : Il ne sert à rien de geindre sur les logements (ou commerces) vacants, qui ne sont que les symptômes révélateurs d’une déshérence privée ou publique (ou les 2) qui date parfois de plusieurs décennies.
    Nous avons ainsi pu observer dans le département du Gers des situations très contrastées à 10 kilomètres de distance entre des bourgs centres engagés par leurs équipes municipales dans des projets depuis 15/20 ans : inventaire du foncier, stratégie patrimoniale, choix clairs sur l’urbanisation nouvelle… Quand d’autres sont gérés « au fil de l’eau » et dépérissent.
    Cela donne des raisons d’espérer : Il n’y a pas de petit projet. Un plan de relance pour les territoires ruraux et intermédiaires doit exiger une démarche de projet, à construire forcément de notre point de vue à une échelle intercommunale qui reconnaisse ses centralités pour les conforter.

    PIERRE HAMELIN.
    24 Août 2017

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